Marseille

« Un projet urbain créatif »

Entretien avec Christophe ANGELIBERT, Directeur Europe et Subventions au sein de Marseille Provence Métropole, chef de file d’un Projet urbain intégré (PUI).

Le territoire de Marseille et sa région est, cette année, sous le feu des projecteurs en tant que Capitale européenne de la culture. Au programme : l’ouverture de nombreuses structures artistiques et culturelles, une multitude de spectacles, expositions et manifestations sur l’ensemble du territoire, dans les musées, théâtres, en plein air, en ville, à la campagne…et dans les quartiers !

C’est l’objet et l’ambition du programme « Quartiers créatifs » dont Christophe ANGELIBERT nous détaille les grandes lignes et les liens tissés avec le Projet urbain intégré de Marseille Provence Métropole.

« Présentez-nous le programme Quartiers créatifs »

Le programme « Quartiers créatifs » est porté par l’association Marseille Provence 2013 qui conduit l’ensemble des opérations liées à la sélection du territoire Marseille-Provence « Capitale Européenne de la culture 2013 ».

Par l’implantation d’artistes sur les territoires en rénovation urbaine, chaque opération vise à accompagner les habitants dans la transformation de leur quartier par l’appropriation de leur espace public au travers d’installations éphémères ou provisoires ainsi que des temps de rencontre autour des réalisations.

La Communauté urbaine Marseille Provence Métropole (MPM), par le biais de son PUI FEDER, soutient 6 des 14 quartiers créatifs (5 sur Marseille et un sur la Ciotat ; les autres étant hors périmètre de MPM).

« Quand a-t-il été lancé ? »

Le programme Quartiers créatifs a été lancé dès 2011 et se déroule en 3 temps :

2011 définition par les artistes et équipes de chaque territoire du projet artistique au sein de chaque quartier créatif ;
2012 élaboration du mode de mise en œuvre du projet et réalisation concrète d’ateliers publics ;
enfin, tout au long de l’année 2013, présentation des actions produites et valorisation auprès du grand public.

« Quartiers créatifs et Projet urbain intégré, quel(s) rapport(s) ? »

Il est important de rappeler que le premier objectif visé par le PUI FEDER de MPM est l’Emploi, soit la lutte contre le chômage. Pour atteindre cet objectif, des actions directes ont été soutenues mais aussi des actions indirectes contribuant en particulier à améliorer les conditions de vie des habitants leur permettant ensuite une recherche d’emploi plus apaisée.

Le projet « Capitale Européenne de la culture 2013 » a donc été vu comme un catalyseur permettant à des actions culturelles d’accompagner le processus d’aménagement et de transformation de ces quartiers sensibles en rénovation urbaine, tout en invitant les habitants à s’approprier leur espace public.

Ce programme de recherche et de création artistique provoque un changement d’image du territoire pour les habitants mais également vis-à-vis de l’extérieur afin de permettre une meilleure inclusion sociale.

« De quelle manière a été élaboré ce programme ? »

Afin d’aboutir au résultat définit ci-dessus, un travail préparatoire a été mené en 2008-2009, entre MPM, l’association MP2013 et les GIP Politique de la Ville et Rénovation Urbaine.

Ce travail a permis de rappeler les objectifs visés par le PUI FEDER, de choisir au sein du programme de MP2013, le projet y répondant le mieux et de définir au sein de ce projet les opérations qui pourraient être soutenues.

« Quels objectifs vous êtes-vous fixés ? en termes d’accès à la culture ? d’insertion à l’emploi ? de cohésion sociale ? »

En terme d’accès à la culture, l’objectif est de favoriser et d’encourager le dialogue interculturel et la mixité sociale autour des projets développés ;

En terme d’insertion à l’emploi, l’embauche d’habitant des quartiers concernés au sein de chaque équipe artistique est un des objectifs visé pour une appropriation du projet par le territoire ;

En terme de cohésion sociale, l’intégration de ces dispositifs expérimentaux de gestion urbaine de proximité et de concertation mis en place dans les programmes de rénovation urbaine et l’accompagnement au processus de transformation urbaine sont des objectifs importants ;

Enfin, l’utilisation de la transversalité de l’action comme levier de développement local et de coopération territoriale, citoyenne et solidaire apparait comme un facteur important pour l’insertion à l’emploi.

« Avez-vous d’ores et déjà des premiers éléments de résultat ? »

Il est difficile de donner aujourd’hui des premiers résultats. Les actions sont en cours jusqu’à la fin de l’année. Le seul élément tangible est les bons résultats globaux depuis le début de l’année au niveau des visiteurs sur l’ensemble des attractions MP2013.

« Quelles étaient et quelles sont les difficultés à lever pour réussir de tels projets ? »

Deux difficultés ont dû être levées :

– l’intégration au sein du PUI : comme évoqué le PUI est centré sur l’Emploi et ces projets « Quartiers créatifs » ne devaient pas être vus comme des projets « Culturels » mais comme des projets « Politique de la Ville » avec comme outil la culture. Cette difficulté a été levée, comme évoqué plus haut, par un travail en amont avec l’ensemble des acteurs concernés.

– L’appropriation des projets par les habitants des quartiers : là aussi la participation des habitants à l’élaboration de chaque projet a été cruciale. A ce jour, à part sur un des projets, le retour des habitants est positif. Il restera à vérifier dans quelques mois si ces projets ont permis à la population de mieux appréhender la transformation urbaine de leur quartier.

« Comment avez-vous réussi à mobiliser les artistes et initiateurs de projets ? »

La majorité des artistes choisis ont tous réalisé, conçu ou participé à des projets intégrés aux processus de transformation ou des projets sur des espaces publics urbains délaissés.

De plus, certains artistes connaissaient le quartier et sa problématique comme Jean-Luc Brisson qui a publié un ouvrage « Le paradis, quelques observation sur Plan d’Aou » suite à sa résidence de 2 ans à la Gare Franche (lieu culturel implanté à St Antoine).

« Comment avez-vous réussi à gagner la confiance et l’adhésion des habitants des quartiers ? »

Les quartiers créatifs ont été choisis en collaboration avec les institutions et acteurs présents sur les territoires. Ainsi, les collectifs, centres sociaux et artistes (par exemple La Gare Franche sur Plan d’Aou) ont été les relais essentiels au déroulement de ces programmes entre les habitants et les équipes en résidence artistique.

« La culture a-t-elle sa place dans un projet urbain intégré ? »

La Culture a sa place au sein d’un PUI. Elle n’est pas centrale mais contribue par un effet visible et concret à l’appropriation des autres actions menées dans le cadre du PUI. Les quartiers créatifs mettent en avant la place de l’artistique dans le processus de transformation urbaine. Au cœur de ces quartiers défavorisés, la dimension participative des habitants permet de restaurer le lien social et de se réapproprier leur espace public afin que le processus de rénovation urbaine en cours soit un réel succès.

« Présentez-nous un des projets, financé dans le cadre du PUI et qui vous tient particulièrement à cœur »

Chaque quartier créatif a son intérêt de par le territoire et le projet qu’il porte notamment.

Le Quartiers créatif : Ex-Voto_Le Laboratoire sur le 3ème arrondissement de Marseille (Bd de Strasbourg et National, répond à la problématique de l’axe 4.1 par la dimension culturelle et artistique qu’elle développe pour les habitants de ce quartier. Les artistes prennent leur source dans les singularités sociales et historiques du lieu de réalisation et ont fait le choix de travailler autour des rites de passage, proposant, à travers la thématique des Ex-Voto, une autre lecture de ce quartier, de son histoire et de son difficile franchissement tant symbolique que réel. Le Tunnel National, site choisi, présente de fortes potentialités et constitue aujourd’hui un lieu de transit plus qu’un véritable lien. Très dégradé, il fait l’objet d’un programme de réaménagement de sa voirie conduit par Marseille Provence Métropole. Ce quartier créatif contribue à l’amorce d’un nouvel espace public en le scénarisant pour le représenter autrement.

Le quartier créatif : la règle du jeu – l’Abeille à la Ciotat. Menéautour de 3 axes de travail (danse, image et patrimoine) qui se croisent l’opération consiste à accentuer le changement d’image global de ce quartier qui est visé de l’extérieur comme de l’intérieur. Cité construite en 1956 pour loger les ouvriers des Chantiers Navals de La Ciotat, le quartier de l’Abeille fait l’objet d’une convention de rénovation urbaine depuis janvier 2010. Cette dernière prévoit des réhabilitations, des actions de résidentialisation, un travail sur les espaces publics et les cheminements doux, et la restructuration d’équipements publics (stade, école,…). Une ligne de chemin de fer, aujourd’hui désaffectée, rappelant l’histoire ouvrière de ce quartier et son lien aux Chantiers Navals, longe le quartier… C’est le point de départ et d’inspiration du projet mené par Martine Derain où l’image animée ou fixe est au coeur de son travail et des artistes qu’elle convoque lors de sa résidence à l’Abeille. Clin d’oeil aussi pour relier la cité de l’Abeille à la grande histoire de la Ciotat, où fut tourné en 1895 (en gare de La Ciotat), par les frères Lumière, le premier court-métrage animé de l’histoire du cinéma.

Le quartier créatif : le prototype comme outil de dialogue sur les Aygalades, quartier, situé au Nord de Marseille dans le 15ème arrondissement, autrefois traversé par des ruisseaux, puis colonisé par les usines, est aujourd’hui en recherche de cohérence urbaine. Le projet de renouvellement urbain en cours concerne aussi bien la réhabilitation et la diversification de l’offre d’habitat que le traitement des espaces publics. Il concerne la cité des Créneaux et celle de la Viste. A quelques centaines de mètres à vol d’oiseau de ce territoire a été implantée la Cité des Arts de la Rue, équipement culturel majeur des quartiers Nord de Marseille, qui réunit, sur ses 36 000 m2, différentes compétences de la création en espace public (formation, soutien à la résidence de création, soutien à la diffusion, médiation, atelier
de construction, etc.). Quels ponts et croisements, quelles circulationset cheminements créés entre ces territoires voisins qui se font face ?
Du noyau villageois des Aygalades aux grands ensembles d’habitat social, comment faire ici « quartier »Comment débuter un dialogue ? Comment concevoir ensemble une ou plusieurs propositions qui fassent sens dans le dessein de fabriquer conjointement du projet urbain ? Comment penser une utopie de proximité et parvenir à ce qu’elle se réalise au moins en partie Cette résidence a pour objectif de développer une analyse sur le rôle du designer comme source de propositions entre usagers et institutions chargées de développer et de gérer l’espace collectif. Signalétique urbaine pour rendre visible ce qui ne l’est pas, belvédère pour prendre de la hauteur et déplacer le regard, passages et escaliers pour relier des proximités empêchées, autant de propositions à la fois modestes et ambitieuses mises en débat avec les habitants et usagers.